Reconnaître le moment où un soutien professionnel peut devenir nécessaire
Il n’est pas toujours facile de savoir à quel moment demander de l’aide pour des troubles obsessionnels compulsifs.
Certaines pensées, vérifications ou habitudes peuvent sembler encore supportables. Pourtant, lorsqu’elles deviennent fréquentes, envahissantes ou difficiles à contrôler, elles peuvent progressivement affecter le sommeil, le travail, les études, les relations et les activités du quotidien.
Il n’est pas nécessaire d’attendre que la situation devienne insupportable pour consulter. Demander l’avis d’un professionnel permet de mieux comprendre ce qui se passe, d’obtenir une évaluation adaptée et d’être orienté vers une prise en charge correspondant à ses besoins.
Les TOC peuvent se manifester par des obsessions, des compulsions visibles ou mentales, des évitements et des demandes répétées de réassurance. Leur importance s’évalue notamment en fonction de la détresse ressentie et de leurs conséquences sur la vie quotidienne.
À partir de quand faut-il envisager de consulter ?
Il est conseillé de parler à un professionnel lorsque les pensées, les doutes ou les rituels commencent à prendre une place importante dans votre quotidien.
Vous pouvez notamment envisager de consulter lorsque :
- vos pensées reviennent de manière insistante ;
- vous avez du mal à interrompre certaines vérifications ou répétitions ;
- vous consacrez beaucoup de temps à vos rituels ;
- vous cherchez régulièrement à être rassuré ;
- vous évitez certaines situations par peur de déclencher une obsession ;
- vous vous sentez épuisé par vos analyses ou vos ruminations ;
- vous ressentez une forte anxiété, de la honte ou de la culpabilité ;
- vos proches participent de plus en plus à vos vérifications ;
- vous avez l’impression que votre vie s’organise autour des TOC ;
- vous ne parvenez plus à gérer seul ce que vous traversez.
La présence d’un seul de ces signes ne permet pas de poser un diagnostic. Elle peut cependant indiquer qu’un échange avec un professionnel serait utile.
Lorsque les TOC prennent beaucoup de temps
Les TOC peuvent devenir particulièrement difficiles à vivre lorsque les obsessions et les compulsions occupent une partie importante de la journée.
Cela peut se traduire par le fait de :
- vérifier plusieurs fois la même chose ;
- recommencer une action jusqu’à ce qu’elle semble « correcte » ;
- se laver ou nettoyer de manière répétée ;
- analyser une pensée pendant de longues périodes ;
- revoir mentalement une situation ;
- rechercher sans cesse une certitude ;
- demander les mêmes confirmations ;
- préparer très longtemps certaines actions simples ;
- éviter des lieux, des objets ou des responsabilités.
Même lorsqu’un rituel ne dure que quelques minutes, sa répétition tout au long de la journée peut devenir très fatigante.
Vous n’avez pas besoin d’attendre que les TOC occupent plusieurs heures par jour pour en parler. Dès qu’ils provoquent une souffrance ou limitent votre liberté, une consultation peut être pertinente.
Lorsque les TOC perturbent le quotidien
Une consultation est particulièrement importante lorsque les TOC commencent à avoir des conséquences concrètes.
Sur le travail ou les études
Les TOC peuvent entraîner :
- des retards fréquents ;
- des difficultés de concentration ;
- une relecture excessive ;
- la peur de commettre une erreur ;
- l’impossibilité de terminer une tâche ;
- des absences ;
- une fatigue importante ;
- l’évitement de certaines responsabilités.
Sur le sommeil
Ils peuvent également provoquer :
- des vérifications avant de dormir ;
- des rituels très longs ;
- des pensées qui tournent en boucle ;
- des réveils nocturnes ;
- la peur de ne pas avoir accompli une action correctement ;
- une difficulté à quitter le lit ou le domicile le matin.
Sur les relations
Les proches peuvent être sollicités pour :
- confirmer que tout va bien ;
- participer à une vérification ;
- répondre plusieurs fois à la même question ;
- éviter certains objets ou certaines situations ;
- respecter des règles imposées par les TOC ;
- prendre en charge certaines tâches devenues trop anxiogènes.
Ces situations peuvent créer de l’incompréhension, de la fatigue ou des tensions, même lorsque chacun cherche à aider.
Sur les activités personnelles
Les TOC peuvent progressivement limiter :
- les sorties ;
- les déplacements ;
- les loisirs ;
- les repas ;
- les contacts physiques ;
- l’utilisation de certains objets ;
- les décisions ;
- les projets personnels ;
- les moments passés avec les autres.
Lorsque votre quotidien devient de plus en plus organisé autour de l’évitement, de la vérification ou de la recherche de certitude, il est important d’en parler.
Lorsque vous évitez de plus en plus de situations
L’évitement peut donner l’impression de protéger contre l’anxiété.
Une personne peut, par exemple :
- ne plus toucher certains objets ;
- éviter les transports ;
- ne plus conduire ;
- ne plus cuisiner ;
- refuser certaines responsabilités ;
- éviter d’écrire ou d’envoyer des messages ;
- ne plus regarder certaines informations ;
- limiter les contacts avec ses proches ;
- renoncer à sortir seule ;
- éviter toute situation susceptible de provoquer un doute.
À court terme, l’évitement peut diminuer l’inconfort. Mais il peut progressivement réduire l’autonomie et renforcer l’impression que la situation évitée est dangereuse.
Lorsque votre vie devient plus restreinte à cause de ces évitements, l’aide d’un professionnel peut permettre d’évaluer la situation et de proposer une prise en charge adaptée.
Lorsque les compulsions sont surtout mentales
Il est possible d’avoir des TOC sans accomplir de rituels visibles.
Certaines compulsions se déroulent intérieurement :
- analyser le sens d’une pensée ;
- vérifier ses intentions ;
- revoir ses souvenirs ;
- rechercher une certitude dans ses émotions ;
- comparer plusieurs scénarios ;
- répéter mentalement une phrase ;
- tenter d’annuler une pensée ;
- chercher une preuve rassurante ;
- vérifier si l’on ressent « la bonne chose » ;
- reconstruire précisément un événement passé.
Ces rituels mentaux peuvent être difficiles à reconnaître. Ils peuvent pourtant être très envahissants et épuisants.
Le fait que votre entourage ne remarque rien ne signifie pas que votre souffrance est moins importante.
Lorsque vous ressentez de la honte ou de la culpabilité
Certaines obsessions concernent des sujets très sensibles, intimes ou contraires aux valeurs de la personne.
Elles peuvent provoquer :
- de la honte ;
- de la peur ;
- une forte culpabilité ;
- la crainte d’être jugé ;
- la peur que la pensée révèle une intention ;
- le besoin de vérifier sans cesse ce que l’on pense ou ressent ;
- la difficulté à parler de son vécu.
Une pensée intrusive n’est pas une intention, une volonté ou un passage à l’acte.
Les professionnels de santé mentale sont formés pour recevoir des pensées difficiles sans réduire une personne au contenu de ses obsessions.
Vous n’avez pas besoin d’expliquer immédiatement tous les détails. Vous pouvez commencer par dire que vous avez des pensées répétitives qui vous angoissent et que vous craignez d’en parler.
Lorsque vous demandez constamment à être rassuré
La recherche de réassurance peut prendre différentes formes :
- demander si vous avez fait une erreur ;
- demander si un objet est propre ;
- vérifier auprès d’un proche que vous n’avez blessé personne ;
- solliciter plusieurs avis sur la même situation ;
- rechercher de nombreuses réponses en ligne ;
- expliquer plusieurs fois un événement pour obtenir une confirmation ;
- demander si une pensée est normale ou dangereuse.
La réassurance peut soulager pendant un court moment, mais le doute peut ensuite revenir.
Il devient utile de consulter lorsque le besoin d’être rassuré se répète, augmente ou crée une dépendance à l’avis des autres.
Lorsque les proches sont de plus en plus impliqués
Les proches peuvent participer aux TOC sans le vouloir.
Ils peuvent être amenés à :
- vérifier à la place de la personne ;
- répondre plusieurs fois aux mêmes questions ;
- nettoyer certains objets ;
- modifier leurs habitudes ;
- éviter certains mots ou sujets ;
- suivre des règles précises ;
- attendre la fin d’un rituel ;
- accompagner chaque déplacement ;
- prendre des décisions à la place de la personne.
Cette participation est souvent motivée par l’affection et le désir d’apaiser la souffrance.
Cependant, lorsque toute la famille ou le couple s’organise autour des TOC, il peut être nécessaire de demander conseil à un professionnel. Chez les enfants et les adolescents, l’entourage peut être particulièrement impliqué dans les compulsions et leur interruption peut provoquer une forte irritabilité ou des réactions comportementales.
Faut-il consulter même si l’on n’est pas certain d’avoir un TOC ?
Oui.
Il n’est pas nécessaire d’avoir déjà reçu un diagnostic ni de reconnaître précisément tous ses symptômes pour demander un avis.
Plusieurs difficultés peuvent ressembler à des TOC ou leur être associées :
- anxiété importante ;
- ruminations ;
- perfectionnisme ;
- peur de commettre une erreur ;
- phobies ;
- difficultés liées à l’humeur ;
- pensées intrusives ;
- comportements répétitifs ;
- inquiétudes persistantes ;
- sentiment d’incomplétude.
L’évaluation par un professionnel permet de mieux comprendre la nature des difficultés et d’écarter d’autres causes possibles. Le diagnostic d’un TOC repose notamment sur la présence d’obsessions et/ou de compulsions ayant un impact sur le fonctionnement de la personne.
À qui s’adresser ?
Le médecin généraliste
Le médecin généraliste peut être un premier interlocuteur.
Il peut :
- écouter ce que vous vivez ;
- évaluer votre état général ;
- rechercher d’éventuelles difficultés associées ;
- vous informer sur les possibilités de prise en charge ;
- vous orienter vers un psychologue ou un psychiatre ;
- assurer une partie du suivi si nécessaire.
Vous pouvez préparer le rendez-vous en notant quelques exemples de pensées, de rituels, d’évitements et de conséquences sur votre quotidien.
Le psychologue
Un psychologue peut vous aider à mieux comprendre les mécanismes qui entretiennent les TOC et proposer un accompagnement psychothérapeutique adapté à sa formation.
Avant de prendre rendez-vous, vous pouvez lui demander s’il possède une expérience spécifique des troubles obsessionnels compulsifs.
Le psychiatre
Le psychiatre est un médecin spécialisé en santé mentale.
Il peut :
- réaliser une évaluation médicale ;
- poser un diagnostic ;
- rechercher d’autres troubles associés ;
- proposer un traitement ;
- prescrire et suivre un médicament lorsque cela est indiqué ;
- coordonner la prise en charge.
Une consultation psychiatrique peut être particulièrement utile lorsque les TOC sont sévères, anciens, complexes ou associés à une dépression, une grande détresse ou d’autres difficultés psychiques.
Quel accompagnement professionnel peut être proposé ?
La prise en charge dépend de la situation de chaque personne.
Elle peut notamment comprendre :
- une évaluation clinique ;
- une psychothérapie ;
- une thérapie comportementale et cognitive ;
- un traitement médicamenteux lorsque cela est indiqué ;
- une association entre psychothérapie et médicament ;
- un accompagnement des proches ;
- un suivi régulier.
La thérapie comportementale et cognitive fait partie des prises en charge reconnues des TOC. Les médicaments agissant sur la sérotonine peuvent également être proposés dans certaines situations, seuls ou associés à une psychothérapie.
Le choix d’une prise en charge doit être discuté avec un professionnel de santé. Il dépend notamment de l’intensité des symptômes, de leur ancienneté, de leurs conséquences, des préférences de la personne et des éventuelles difficultés associées.
Comment préparer un premier rendez-vous ?
Il n’est pas nécessaire de préparer un dossier complet.
Quelques notes peuvent néanmoins vous aider à expliquer ce que vous vivez.
Vous pouvez indiquer :
- les pensées ou les doutes qui reviennent ;
- les actions que vous réalisez pour vous rassurer ;
- les situations que vous évitez ;
- le temps consacré aux rituels ;
- la fréquence des symptômes ;
- leur ancienneté ;
- leurs effets sur votre sommeil ;
- leurs conséquences sur le travail ou les études ;
- leur impact sur vos relations ;
- les personnes que vous sollicitez pour être rassuré ;
- les traitements ou accompagnements déjà essayés.
Vous pouvez également montrer vos notes au professionnel si parler devient difficile.
Que dire lorsque l’on a peur d’être jugé ?
Vous pouvez commencer très simplement :
« J’ai des pensées répétitives qui me provoquent beaucoup d’anxiété. »
« Je vérifie certaines choses plusieurs fois et j’ai du mal à m’arrêter. »
« J’ai des pensées intrusives dont j’ai honte et j’aimerais comprendre ce qui m’arrive. »
« Je passe beaucoup de temps à analyser mes pensées. »
« J’évite de nombreuses situations par peur de déclencher une obsession. »
« J’ai besoin d’être rassuré très souvent. »
« Mes difficultés commencent à affecter mon quotidien. »
Vous êtes libre de décrire les choses progressivement. L’important est de permettre au professionnel de comprendre votre niveau de souffrance et les conséquences des symptômes.
Consulter tôt peut éviter que les TOC ne s’installent davantage
Certaines personnes attendent longtemps avant de demander de l’aide parce qu’elles :
- pensent devoir réussir seules ;
- minimisent leur souffrance ;
- ne reconnaissent pas leurs rituels ;
- ont peur d’être jugées ;
- croient que leurs pensées sont trop étranges ;
- espèrent que les symptômes disparaîtront spontanément ;
- craignent de recevoir un diagnostic ;
- ne savent pas à qui s’adresser.
Pourtant, consulter ne vous oblige pas à commencer immédiatement un traitement précis.
Un premier rendez-vous peut simplement permettre de faire le point, de poser des questions et de connaître les solutions disponibles.
Quand faut-il demander une aide urgente ?
Une aide immédiate est nécessaire lorsque la personne :
- pense à se faire du mal ou à mettre fin à ses jours ;
- craint de ne plus pouvoir assurer sa sécurité ;
- se trouve dans une détresse psychologique aiguë ;
- ne parvient plus à s’alimenter, à boire ou à dormir correctement ;
- est complètement isolée ou désorientée ;
- présente une aggravation brutale de son état ;
- est exposée à un danger immédiat ;
- ne peut plus accomplir les gestes essentiels du quotidien.
Dans cette situation, il ne faut pas rester seul. Contactez immédiatement les services d’urgence ou une ligne de crise de votre pays, ou rendez-vous au service d’urgence le plus proche.
TOC-Aide n’est pas un service d’urgence et ne peut pas assurer la prise en charge d’une crise aiguë.
Comment TOC-Aide peut-il intervenir en complément ?
TOC-Aide propose un espace d’écoute et de soutien pour mieux comprendre ce que vous vivez et avancer avec davantage de repères.
L’accompagnement peut vous aider à :
- mettre des mots sur vos difficultés ;
- mieux repérer vos obsessions et vos compulsions ;
- identifier les moments où les TOC prennent davantage de place ;
- préparer une consultation ;
- exprimer vos inquiétudes ;
- vous sentir moins seul ;
- maintenir des repères entre deux rendez-vous professionnels ;
- reconnaître vos petites avancées ;
- bénéficier d’une présence régulière au quotidien.
TOC-Aide ne pose pas de diagnostic, ne prescrit pas de traitement et ne remplace pas une psychothérapie, un médecin, un psychologue ou un psychiatre.
Son rôle est de proposer un soutien complémentaire, bienveillant et régulier.
Il n’est jamais trop tôt pour en parler
Vous n’avez pas besoin d’attendre d’avoir perdu le contrôle de votre quotidien pour demander de l’aide.
Vous pouvez consulter dès que :
- vous souffrez ;
- vous vous posez des questions ;
- vous avez l’impression que les TOC prennent plus de place ;
- vos stratégies habituelles ne suffisent plus ;
- vous souhaitez simplement comprendre ce qui vous arrive.
Demander de l’aide n’est pas un signe de faiblesse. C’est une démarche qui permet de ne plus rester seul face aux pensées, aux doutes et aux rituels.
